Des arbres et arbustes bien taillés qui contribuent au charme de Toronto

Les jardiniers de l’autoroute Gardiner, malgré leur peu de visibilité, s’occupent des espaces verts les mieux connus au Canada

Bien sûr, il y a de nombreuses routes et autoroutes qui, depuis l’autoroute 401, mènent directement au centre-ville. Par ailleurs, beaucoup de gens estiment que rien n’est plus emblématique que l’arrivée par le bord de l’eau, lorsque la Tour CN se profile à l’horizon.

 Malgré tout, si Toronto a bien une porte d’entrée aux yeux des visiteurs du monde entier (n’oublions pas aussi que la moitié de la population est née à l’extérieur du pays), il s’agit fort probablement des platebandes soignées en bordure de l’autoroute Gardiner Expressway. Évidemment, quelqu’un doit se charger d’assurer l’entretien de cette végétation attrayante. Dans le cas qui nous occupe, il s’agit des jardiniers de l’autoroute Gardiner.

 Depuis une trentaine d’années, un groupe de personnes, à l’aide de leurs partenaires et commanditaires du secteur privé, est chargé de la taille des arbres et arbustes utilisés à des fins d’affichage sur le terrain en pente du côté nord de Gardiner, juste avant l’arrivée dans la section achalandée au centre-ville. Plus de 350 000 personnes, parfois 500 000, passent chaque jour à côté de ces 11 logos sur le bord de la route.

 Ces personnes comprennent les automobilistes qui circulent sur l’autoroute, ainsi que les passagers à bord des trains de GO circulant toutes les 15 minutes, qui ont une encore meilleure vue des éléments d’affichage du talus qui borde la voie. Les terrains sur lesquels se trouvent les panneaux-affiches appartiennent à Metrolinx, qui les louent à Hillside Media Communications Ltd., l’entreprise chargée de s’occuper de ces constructions bien connues.

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David Klein, directeur de Hillside Media, affirme que les logos ont acquis une valeur emblématique à Toronto. (Photo de Thane Burnett)

 « Vous obtenez un contact visuel », explique David Klein, directeur de Hillside Media. « Si les passagers ne sont pas en train de regarder leur téléphone, il y a toutes les chances du monde qu’ils soient en train de regarder le paysage. »

 En cette journée froide, M. Klein se trouve sur le pont piétonnier Sunnyside qui enjambe l’autoroute Gardiner et qui offre vers l’est une vue sur l’enfilade de logos en arbustes taillés. L’enfilade s’étire de Roncesvalles Ave. à Dowling Ave., le long de la ligne ferroviaire de Lakeshore West de GO Transit. La bande de terre de près d’un kilomètre est bien entretenue à ce moment de l’année. Même en hiver, où tout semble gris et brun, les logos gardent une belle apparence, et des employés enlèvent même régulièrement la neige qui risquerait de les rendre invisibles.

 Il y a trente ans, cette bande de terre était loin d’avoir une aussi belle apparence. Il y avait une accumulation de déchets, ainsi que de débris laissés sur place par des chantiers de construction. Un hôtel, ne croyant pas si mal faire, avait une grande affiche de mauvais goût qui venait enlaidir la principale artère menant au centre-ville de Toronto.

 Comme la ville se préparait à accueillir le sommet des chefs d’État du G7 de 1988, Gerry Mahoney, qui circulait souvent sur l’autoroute, a proposé de transformer ce talus négligé en un bel espace prestigieux d’affichage extérieur. L’embellissement impliquait le ramassage de 23 tonnes de déchets, et l’intervention de commanditaires du secteur privé comme la Financière Manuvie. Bientôt, d’autres commanditaires comme le CN, Deloitte et FedEx, ont voulu eux aussi afficher leur logo en marbre gravé et en ifs taillés. Chaque logo utilise en effet de 1 500 à 2 000 de ces petits arbres résistants. Des pommetiers à fleurs en file semblent monter la garde juste au-dessus de chaque logo.

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 Après toutes ces années, Gerry Mahoney travaille encore dans les serres où sont cultivées les plantes utilisées pour les besoins de l’affichage, notamment des jonquilles et 15 variétés de fleurs sauvages indigènes de la région de Toronto. Les critères qui ont déterminé le choix des végétaux utilisés comprennent l’alternance de différentes couleurs au cours de l’année, une faible quantité de feuilles mortes, et une croissance lente.

 Les jardiniers ne font jamais appel aux pesticides sur le talus.

 Situés dans le quartier de Parkdale, ces éléments d’affichage en arbres taillés sont uniques au monde. La pente naturelle a l’angle parfait pour les besoins d’un affichage le long de la voie ferrée, de l’autoroute et du lac Ontario, situé tout près.

 « Nous sommes un peu comme dans une oasis », ajoute David Klein. « La bande de terre a même son propre écosystème, car nous sommes très proches du lac. »

 Un affichage aussi remarquable exige toutefois une vigilance constante à l’égard de tout ce qui pourrait le menacer.

 Par exemple, la tempête de verglas d’avril 2018 qui a causé la fermeture de la Tour CN et les pannes de courant qu’ont subies 40 000 résidents de l’Ontario a également causé la mort de 60 % des végétaux de l’affichage.

 Il y a également le jeu du chat et de la souris avec les graffiteurs qui s’attaquent aux murs avoisinants. Des équipes s’affairent à nettoyer les graffitis illégaux le plus rapidement possible.

 Même si le personnel et les gestionnaires de cette bande de terre assurent son entretien pendant toute l’année, David Klein explique qu’il ne faudrait pas oublier de souligner la contribution de tous les partenaires, comme Metrolinx et d’autres entreprises, qui confient leur image de marque aux jardiniers.

 Quelle meilleure manière de souligner cette contribution, d’ailleurs, que de regarder le magnifique résultat de cet effort collectif?

 (Recherche par Thane Burnett, Metrolinx, contenu editorial)